Et voilà, après avoir longtemps repoussé ce moment, nous sommes passés au Pérou. Les contrôles à la frontière sont étonnemment
légers. Un douanier désinvolte s'est contenté de tamponner nos passeports sans même daigner jeter un coup d'oeil à nos noms et photos. Nous avons donc quitté cette Bolivie que nous avons
tant aimée. Mais, impossible de la laisser sans parler de la figure la plus marqunte du pays, tant au niveau national qu'international : Evo Morales, que tout le monde ici appelle Evo.
Son éfigie est partout. Imaginez un peu qu'une rue sur deux présente
une affiche ou un dessin géant à la gloire de Sarkozy, que de nombreuses boutiques arborent son portrait entre deux photos de filles à moitié nues. Nous trouverions cela grotesque.
Pourtant, la figure d'Evo est présente jusque sur des montres ou des pendentifs. C'est généralemet la marque des grands dictateurs. Cependant, il a été élu démocratiquement et devrait, sauf
assassinat express, être réélu pour un deuxième mandat en décembre.
Premier président indigène du pays, il est le champion de 60 % de la
population qui voit en lui la promesse de mettre fin à 500 ans d'exploitation et de discrimination. Depuis la conquête du pays par les conquistadors, les Quechuas et les Aymaras se sont vus
privés du pouvoir et souvent de leurs terres, esclavisés, appauvris et traités en êtres inférieurs. La richesse s'est concentrée entre les mains des blancs descendants
des colons espagnols et de leurs alliés métis. Il y a moins d'un siècle, les Indiens n'avaient pas le droit de se promener sur le Prado, l'avenue principale de La Paz et aujourd'hui encore
le racisme est très fort chez les blancs et métis de la région de Santa Cruz. Ils n'hésitent pas à dire ouvertement que les Indiens sont sales, sentent mauvais... Ajoutons que les
personnages des pubs, des émissions de variété sont tous blancs aux yeux clairs de même que les mannequins en plastique des boutiques de vêtements. La situation des domestiques
indiennes au sein de la classe moyenne est proche de l'esclavage (très peu ont la force de caractère de Yolanda).
Dans ces conditions, on comprend que l'arrivée de l'un des leurs à la présidence du pays soit vécue conmme une revanche de
l'histoire. On peut sans doute la comparer à l'arrivée d'Obama à la Maison Blanche pour les Afro-Américains. Evo a fait voter une constitution, approuvée par 60%des votants, qui donne plus de
pouvoir aux commnunautés amérindiennes, rend obligatoire l'apprentissage des langues indigènes à l'école, redonne une place aux religions autochtones, en séparant l'Etat de l'Eglise
Catholique et permet un meilleur contrôle de l'Etat sur les ressources naturelles gigantesques du pays qui, jusqu'alors, étaient largement contrôlées par et au profit de puisances
étrangères. Il a mis en place des allocations pour les mères et tente de donner une existence légale à tous les habitants. Avant son arrivée au pouvoir, de nombreux Indiens ne possédaient
pas de papiers. Ils ne pouvaient donc bénéficier d'aucun programme de l'Etat, ne pouvaient pas se défendre en justice et encore moins voter. De plus, Evo est un ancien planteur de coca. Il a
remis à l'honneur cette feuille énergisante consommée quotidiennement par les paysans des montagnes, mais également en ville sous forme d'infusion et chassé les agents etats-uniens chargés
de l'erradication des plantations destinées à la cocaïne et considérés avant tout comme des espions de la CIA.
Cependant, ses discours pro-indigènes et socialisant irritent la partie orientale du pays.
Beaucoup l'accusent d'accroître le fossé entre l'ouest indien et montagnard et les plaines de l'est blanches et métisses. La région de l'est, autour de Santa Cruz, accessoirement
la partie la plus riche du pays, grâce au gaz et au pétrole, menace de faire sécession. Ici, Evo n'est pas le bienvenu, 70 % des habitants de Santa Cruz ont rejeté sa constitution.
Enfin, le MAS, le mouvement socialiste dont est issu Evo est souvent accusé de contrôler à son profit tous les postes importants du pays, de généraliser la corruption et de faire le coup de
poing en cas d'enquête trop poussée.
Entre 2004 et 2009, durant le premier mandat de Morales, la Bolivie est d'ailleurs passée de la 16e à la 115e place
dans le rapport annuel sur la liberté de la presse rendu par Reporters sans Frontière. On souhaite à ce merveilleux pays de réussir à tourner les pages douloureuses de son histoire,
à unir les deux fragments de sa population et à sortir de cette pauvreté endémique qui caractérise les régions montagnardes, tout en conservant ses traditions, ses
cultures indigènes et l'incroyable simplicité et gentillesse de ses habitants. La découverte récente de la plus grande réserve de lithium au monde dans le Salar d'Uyuni est peut-être
l'occasion d'enrichir le pays et d'offrir à toutes ses composantes un développement trop longtemps attendu.
Hasta Luego y suerte, Bolivia.
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