Oú sommes nous ?
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Le voyage de Valparaiso à Mendoza a été plus long que prévu. Des habitants opposés à un projet d'autoroute ayant coupé la route en allumant un feu. La manifestation ne semblait pas très bien
organisée car ils n'ont réussi à bloquer que deux véhicules : un camion et notre bus, mais durant 3 heures. Le passage de frontière s'est donc fait au petit matin dans un poste de
douane isolé dans la cordillière des Andes et entouré de pics recouverts de neige : somptueux. Après avoir franchi la cordillière, ce fut une longue descente vers la plaine oú se
situe Mendoza. La région est extrêmement sèche. Mais, grâce à un réseau d'aqueducs et de canaux, d'immenses sycomores recouvrent la ville d'une ombre bienveillante. C'est une commune
opulente, avec de vastes places oú il fait bon flâner et une grande rue piétonne aux terrasses accueillantes.

Mendoza ne présente pas de monument majeur, ni de musée très passionnant.

Mais impossible de l'éviter car c'est la capitale du vin argentin. On y trouve principalement trois cépages : Malbec, Syrah et Cabernet Sauvignon. Les vins, puissants (souvent autour
des 14º), ne sont pas loin d'égaler nos Bourgogne ou nos Côtes du Rhône. Comme le paysage est entièrement plat, la route des vins se parcourt généralement à vélo, ce qui peut être dangereux
si l'on visite trop de bodegas (caves).
Entre les vignes on trouve des champs d'oliviers (on se croirait presque à Aix) et l'huile locale est excellente. Nous avons visité une bodega tenue par des Français venus s'installer ici
il ya 5 ou 6 ans sans connaître rien au vin. Ils ont su bien s'entourer car leur syrah est absolument délicieux.

Zoé quant à elle a préféré déguster deux autre spécialités :
une locale, à savoir les alfajores, des sortes de macarons au dulce de leche (confiture de lait)

et une autre québecoise : un petit Miro qui logeait aussi dans notre auberge et qui aurait aussi bien pu être son frère.
On est en effet en plein Atacama, le désert le plus
aride du monde. Les vents sont orientés de la terre vers l'Océan, empêchant les pluies d'arroser la côte. Iquique détient un record mondial : 14 ans sans une goutte de pluie. Isabel, la proprio de
l'Hostal où nous logeons, nous raconte ainsi qu'elle a vu la pluie pour la première fois à l'âge de 15 ans!
De la prospère cité minière qu'elle fut jusqu'aux années 1920, il ne
reste plus que des baraquements délabrés et des machines rouillées. Fondée dans les années 1880, Humberstone connut une expansion économique fulgurante grâce au salpêtre. Transformé en nitrate, il
servait à la fabrication des munitions (importante exportation vers l'Europe durant la Première guerre mondiale), d'engrais et de produits pour le développement de photos. A son apogée, la ville
d'Humberstone compta jusqu'à 3500 habitants. Mais, les Allemands découvrirent un procédé permettant de fabriquer artificiellement du nitrate et l'activité minière commença à décliner au début du
XXème siècle pour cesser définitivement dans les années 50. Privés de leur unique ressource économique, les habitants quittèrent les lieux pour s'exiler dans les villes et villages alentour et
Humberstone se vida ainsi de toute sa population jusqu'à devenir cette ville-musée qui attire non seulement les touristes mais aussi les nostalgiques de la belle époque. Chaque année, à cette
période, des fêtes sont organisées pour tous les anciens de la ville. Nous avons ainsi discuté avec une dame d'une soixantaine d'années, née à Humberstone, qui venait faire son pélerinage annuel au
milieu de ces ruines...
Heureusement, deux jours de
farniente au bord d'une eau diaphane (mais glaciale!) nous attendent.
Aïe Aïe Aïe, les jours défilent et nous devons lentement, mais sûrement, redescendre vers l'Argentine. Nous avons donc quitté la très touristique Cuzco pour la non moins jolie Arequipa où ne
sommes restés que deux jours avant de descendre vers le Chili. Arequipa est la seconde ville du Pérou par sa taille mais certainement la première par sa beauté. Entourée par trois
volcans enneigés, la ville blanche offre toute une série de rues et d'édifices historiques très bien conservés. Le clou du spectacle est le couvent de Santa Catalina. Sans doute l'un des
plus grands du monde puisqu'il occupe 20.000 m2 de surface en plein centre de la ville. A l'intérieur c'est un dédale de ruelles toutes plus jolies les unes que les autres qui débouchent sur
de paisibles places et de fraîches chapelles.
miam miam, ça donne envie d'en offrir un à Zoé.
Peruviens et gringos, tout le monde doit donc débourser au
mimimum 96$ par personne pour l'aller-retour. Une fois à Aguas Calientes, deux possibilités s'offrent à vous: une rude montée de deux heures à pied ou 20 mn de bus touristique pour la modique somme
de 14$ aller-retour. Il ne vous restera alors plus qu'à payer l'entrée du site : 50$. S'il vous reste encore quelques dollars, n'hésitez pas à vous payer les services d'un guide car il n'y a pas
une pancarte explicative dans tout le site.
Et voilà, après avoir longtemps repoussé ce moment, nous sommes passés au Pérou. Les contrôles à la frontière sont étonnemment
légers. Un douanier désinvolte s'est contenté de tamponner nos passeports sans même daigner jeter un coup d'oeil à nos noms et photos. Nous avons donc quitté cette Bolivie que nous avons
tant aimée. Mais, impossible de la laisser sans parler de la figure la plus marqunte du pays, tant au niveau national qu'international : Evo Morales, que tout le monde ici appelle Evo.
Son éfigie est partout. Imaginez un peu qu'une rue sur deux présente
une affiche ou un dessin géant à la gloire de Sarkozy, que de nombreuses boutiques arborent son portrait entre deux photos de filles à moitié nues. Nous trouverions cela grotesque.
Pourtant, la figure d'Evo est présente jusque sur des montres ou des pendentifs. C'est généralemet la marque des grands dictateurs. Cependant, il a été élu démocratiquement et devrait, sauf
assassinat express, être réélu pour un deuxième mandat en décembre.
Premier président indigène du pays, il est le champion de 60 % de la
population qui voit en lui la promesse de mettre fin à 500 ans d'exploitation et de discrimination. Depuis la conquête du pays par les conquistadors, les Quechuas et les Aymaras se sont vus
privés du pouvoir et souvent de leurs terres, esclavisés, appauvris et traités en êtres inférieurs. La richesse s'est concentrée entre les mains des blancs descendants
des colons espagnols et de leurs alliés métis. Il y a moins d'un siècle, les Indiens n'avaient pas le droit de se promener sur le Prado, l'avenue principale de La Paz et aujourd'hui encore
le racisme est très fort chez les blancs et métis de la région de Santa Cruz. Ils n'hésitent pas à dire ouvertement que les Indiens sont sales, sentent mauvais... Ajoutons que les
personnages des pubs, des émissions de variété sont tous blancs aux yeux clairs de même que les mannequins en plastique des boutiques de vêtements. La situation des domestiques
indiennes au sein de la classe moyenne est proche de l'esclavage (très peu ont la force de caractère de Yolanda).
Dans ces conditions, on comprend que l'arrivée de l'un des leurs à la présidence du pays soit vécue conmme une revanche de
l'histoire. On peut sans doute la comparer à l'arrivée d'Obama à la Maison Blanche pour les Afro-Américains. Evo a fait voter une constitution, approuvée par 60%des votants, qui donne plus de
pouvoir aux commnunautés amérindiennes, rend obligatoire l'apprentissage des langues indigènes à l'école, redonne une place aux religions autochtones, en séparant l'Etat de l'Eglise
Catholique et permet un meilleur contrôle de l'Etat sur les ressources naturelles gigantesques du pays qui, jusqu'alors, étaient largement contrôlées par et au profit de puisances
étrangères. Il a mis en place des allocations pour les mères et tente de donner une existence légale à tous les habitants. Avant son arrivée au pouvoir, de nombreux Indiens ne possédaient
pas de papiers. Ils ne pouvaient donc bénéficier d'aucun programme de l'Etat, ne pouvaient pas se défendre en justice et encore moins voter. De plus, Evo est un ancien planteur de coca. Il a
remis à l'honneur cette feuille énergisante consommée quotidiennement par les paysans des montagnes, mais également en ville sous forme d'infusion et chassé les agents etats-uniens chargés
de l'erradication des plantations destinées à la cocaïne et considérés avant tout comme des espions de la CIA.
Cependant, ses discours pro-indigènes et socialisant irritent la partie orientale du pays.
Beaucoup l'accusent d'accroître le fossé entre l'ouest indien et montagnard et les plaines de l'est blanches et métisses. La région de l'est, autour de Santa Cruz, accessoirement
la partie la plus riche du pays, grâce au gaz et au pétrole, menace de faire sécession. Ici, Evo n'est pas le bienvenu, 70 % des habitants de Santa Cruz ont rejeté sa constitution.
Enfin, le MAS, le mouvement socialiste dont est issu Evo est souvent accusé de contrôler à son profit tous les postes importants du pays, de généraliser la corruption et de faire le coup de
poing en cas d'enquête trop poussée.
Entre 2004 et 2009, durant le premier mandat de Morales, la Bolivie est d'ailleurs passée de la 16e à la 115e place
dans le rapport annuel sur la liberté de la presse rendu par Reporters sans Frontière. On souhaite à ce merveilleux pays de réussir à tourner les pages douloureuses de son histoire,
à unir les deux fragments de sa population et à sortir de cette pauvreté endémique qui caractérise les régions montagnardes, tout en conservant ses traditions, ses
cultures indigènes et l'incroyable simplicité et gentillesse de ses habitants. La découverte récente de la plus grande réserve de lithium au monde dans le Salar d'Uyuni est peut-être
l'occasion d'enrichir le pays et d'offrir à toutes ses composantes un développement trop longtemps attendu.
Hasta Luego y suerte, Bolivia.