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Nous voici rendus à Córdoba, deuxième ville du pays. Comme tous les pays pauvres, ou presque, l´Argentine a une capitale monstrueuse comparée au reste du pays. Buenos Aires, c´est plus ou moins 15 millions d´habitants et Córdoba 1,5 millions. Tout en restant une grande ville, elle est donc plus calme que la capitale.
Côté esthétique, Córdoba n´est pas évblouissante, même si elle compte plusieurs monuments coloniaux construits à l´initiative des jésuites.
Côté population, Córdoba est une ville super jeune, c´est le centre universitaire du pays, on y croise plus de jeunes de 20 ans que d´enfants ou de sexagénaires. Evidemment, comme dans toutes les villes universitaires, on y fait beaucoup la fête le week-end. Arrivés un vendredi, nous avons même eu du mal à trouver une chambre. Finalement , on se dégotte un hôtel style auberge de jeunesse qui nous prévient vaguement qu'il y a pas mal de musique et qu´avec un bébé ça peut être génant. Connaissant notre Zoé, on se dit que c´est pas la musique qui va l´empêcher de dormir. On ne s´était pas trompé sur Zoé, mais notre nuit à nous deux fut atroce. La chambre donne sur la rue des bars qui ferment à 6h ou 7h du mat, attirant des hordes de fêtards dont certains se mettent à jouer des percussions vers 5h30. En fait, le calme est revenu dans la rue vers 7h. Zoé, elle, a effectivement très bien dormi. Quant à nous, on a éte content de changer de chambre le lendemain et de donner sur une cour intérieure.
Sinon, on a bien aimé le marché aux puces dans le prolongement du Paseo de los Artesanos ponctué de stands d'artisanat, les quais du canal et les quelques rues piétonnes, très commerçantes.
Six mois sans travailler, pour des profs zélés comme nous, vous imaginez bien que ce n´était pas possible !
La nostalgie du tableau noir et de la sonnerie nous taraudant, nous entreprenons à la Cumbre de frapper aux portes des établissement, afin de nous faire une petite idée de l´enseignement en Argentine.
Nous sommes ainsi allés à la rencontre de collègues du secondaire à l´IDES, un collège- lycée. Comme on s´en doutait, enseigner en Argentine est loin d´être une sinécure: si leur charge horaire est sensiblement la même qu´en France, leur salaire (2000 pesos en moyenne, soient 400 euros) les contraint souvent à avoir un deuxième boulot à côté, sans parler des conditions matérielles moyennâgeuses.
Aida, une prof de sciences éco, nous propose d´intervenir dans un de ses cours. Et c´est ainsi que le jeudi trois septembre à 8h pétantes, nous faisons notre rentrée face à une quinzaine d´élèves de 4ème tout de gris et bleu marine vêtus. (Quand on leur dit qu´en France l´uniforme n´est pas de rigueur, ils piaffent).
Ils nous présentent avec brio des exposés qu´ils préparaient depuis deux semaines sur différents pays du monde et nous échangeons ensuite sur la situation en Argentine et en France de la santé, de l´éducation, de la vie quotidienne…
Pour ces adolescents qui ont conscience d´une fracture très nette entre riches et pauvres dans leur pays, notre système social les fait rêver, bien sûr. Et pourtant s´ils ont envie de voyager, ils disent vouloir rester en Argentine. Il sont d´ailleurs plutôt optimistes sur l´avenir de leur pays.
Les deux heures qu´on passe avec eux sont aussi délicieuses que la tarte au citron qu´ils ont concoctée à notre attention. Et, last but not least, pour la première fois de
notre carrière les élèves nous applaudissent à la fin de l´heure, ce qui a pour effet de réveiller Zoé qui, plus conforme au comportement habituel de nos élèves, s´était profondément
endormie.
Des rentrées aussi conviviales (et surtout aussi brèves) on vous en fait tous les ans !
Après nous être interrogés pendant trois jours sur pourquoi et comment l’Argentine avait pu signer le protocole de Kyoto, nous sommes partis aérer nos tympans et nos poumons à La Cumbre.
La Cumbre en deux phrases :
- géographique : c’est une charmante bourgade située à 12 heures de bus de Buenos Aires (Rassurez-vous, le confort des bus argentins ferait rougir de honte une classe affaire d’Air France), sur fond d’une large vallée entourée de moyennes montagnes sèches.
- Sociologique : c’est un mélange hétéroclite de paisibles locaux, de retraités fortunés, de résidences secondaires pour les riches Porteños et d’amoureux du parapente
qui peuvent voler toute l’année. Le Saint Leu de l’Argentine, sans la mer.