Oú sommes nous ?
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Uyuni ne trouvant vraiment pas grâce à nos yeux, nous décidons de repartir illico pour Potosí. C’est
toutefois avec une certaine appréhension que je me résous à voyager de nuit : les chauffeurs ont la réputation de picoler pour tenir éveillés. Mais Ronald se veut rassurant et nous affirme qu'
avec des touristes étrangers à bord, cette fâcheuse habitude a tendance à disparaître. Je décide de lui faire confiance et achète nos billets, non sans scruter le conducteur, m’efforçant de lui
trouver le teint clair et l’air sérieux. Quand le bus démarre, je réalise avec effroi que nous sommes les seuls touristes. Les cannettes de bière circulent déjà parmi quelques passagers… Le bus
est tout aussi déglingué que la route est sinueuse et défoncée. Inutile de vous dire que les 7 heures de trajet (pour parcourir 230 km) me semblent interminables. Pour le coup, je ne manque aucun
détail du voyage : les deux crevaisons en pleine nuit, réparées en un temps record par le chauffeur et son aide qui ne doit pas avoir plus de 10 ans et se glisse sous l’engin pour desserrer les
boulons, la course contre la montre avec un autre bus qui nous double et qu’on double régulièrement (course très relative cependant puisqu’on peine à atteindre les 90 km/h). Pendant ce temps, Zoé
dort placidement dans mes bras et Jérôme somnole en écoutant Miles Davis au casque!
A 1h du mat’, nous parvenons sains et saufs à Potosí. Pour un peu j’embrasserai le chauffeur (qui, au demeurant, semble tout à fait sobre...)
Il y a trois ans, j’ai eu la chance de vivre une belle expérience en partageant durant quelques jours le quotidien de la famille Lamas (véridique!!).
A l’époque, Clara et Hector recevaient de temps à autres des touristes de passage désireux de sortir des sentiers battus et leur proposaient le gîte, le couvert et des randonnées dans les
environs pour une somme modique. Une manière pour eux dóbtenir quelques revenus et notamment d´assurer la scolarité de leurs deux aînés. Je ne
pouvais m’empêcher de craindre que leur petite entreprise n’ait prospéré et que le charme si particulier de leur accueil ne se soit émoussé.
Il n’en est rien. La maison des Lamas est toujours un bout du monde. Un quart d’heure de bus depuis Humahuaca et je demande au chauffeur de nous
déposer au petit tas de pierres blanches que je reconnais miraculeusement. Un no man’s land unique.
Les retrouvailles sont chaleureuses.
J’apporte des photos de mon passage en 2006. La petite Carolina a maintenant 4 ans, Gabriela va fêter ses 13 ans durant notre séjour et Clarita
déborde toujours autant d’énergie joviale. Le cadre n’a pas changé : une maison en pisé au confort plus que rudimentaire, le four, les chèvres… et surtout un paysage magnifique alentour.
Le premier jour, Gabriela s’empresse de nous montrer les lamas d’un voisin et nous nous approchons donc pour la première fois de ces fameux camélidés qui ont eu la gentillesse de ne pas nous cracher dessus. Il faut dire qu’ils ont trouvé une dompteuse de choc!
Ensuite, nous voici
enrôlés dans l’atelier pâtisserie. En prevision de notre passage dans la petite école du hameau, Clara nous propose de confectioner une bonne cinquantaine de petits pains sucrés fourrés au
membrillo (pâte de coing) afin de les offrir aux élèves. Nous pétrissons donc avec vigueur tandis que Hector et deux de ses amis réalisent un plan de la communauté. Leur but est en effet de
mettre à jour une carte du hameau qui compte une petite centaine de foyers et par la suite de procéder aussi à un recensement : une démarche de plus dans leur processus d'organisation collective
afin de revendiquer auprès des autorités les terres qui leur reviennent. A noter que le schéma familial de Clara et Hector est une exception : les
familles monoparentales (une mère seule et ses enfants) étant beaucoup plus courantes dans leur communauté.
Nous passons trois jours au total avec les Lamas. Pour Zoé, c’est le paradis : une copine, un chat, des chiens, des
chèvres, un âne, de la terre à pétrir à longueur de journée… La liberté pure.
Le troisième jour, Hector nous emmène faire une longue balade à Inca Cueva. Au petit matin, dans un froid saisissant,
nous entreprenons une rando inoubliable au milieu de roches d’un ocre éblouissant. Il s’agit des terres des ancêtres de la famille Lamas puisque les
parents d’Hector y sont nés. Un de ses onclesy vit encore dans une solitude absolue.
Une grotte avec des peintures rupestres parachève la
balade. Emouvant d’imaginer les mains des Incas traçant ces figures…
Enfin, nous consacrons la dernière matinée de notre séjour à visiter l’école de Carolina et Gabi. Une école minuscucle (50 élèves de 3 à 13 ans) qui fonctionne
essentiellement avec des dons. Les enfants y sont non seulement scolarisés mais aussi nourris (nous
avons partagé le petit déjeuner avec ces petits écoliers dont certains marchent une heure pour parvenir jusque là). Le niveau est très faible.
Nous leur montrons les travaux de
mes chers 6ème E qu’ils lisent avec curiosité. Nous constatons avec stupeur qu’ils
ne connaissent pas la capitale de leur propre pays. Nous leur demandons alors de nous dessiner leur rêve et récoltons de très jolies choses : être gendarme, être maîtresse, avoir un
âne, être mineur, avoir une charette. Un beau moment dont Zoé profite pleinement. ( A ce rythme-là, on la fait passer directement en CP à notre retour à La
réunion!)
Après ces trois jours
riches en émotion, nous retournons passer une nuit à Humahuaca et savourons comme jamais une bonne douche chaude.
Le lendemain, nous voici de nouveau sur le départ. Prochaine destination : la Bolivie!!
Hasta luego, Argentina…